lundi 9 juillet 2012

Photographes A-Z ( Taschen )


J'ai toujours été fasciné par l'aisance de la photographie à pouvoir s'exprimer pleinement qu'importe le support sur lequel elle est reproduite : que ce soit au travers de l'impression signée et numérotée par le photographe à la simple revue de magazine et aujourd'hui sur Internet, elle s'expose et s'épanouit sans jamais perdre de sa force. C'est là sans doute l'une des raisons qui expliquent le succès de la photographie à notre époque, celle-ci en effet aura toujours eu à coeur d'exploiter sans cesse de nouveaux moyens de communication pour toucher un public toujours plus large.

S'il existe dans les rayons des librairies de nombreux livres à propos des photographes majeurs accompagnés de quelques clichés qui ont contribué à forger leur renommée, Photographes A-Z prend le paris de rendre hommage à ces photographes célèbres mais aussi au support matériel qui leur a permis de se faire connaître auprès du grand public, c'est-à-dire bien souvent le livre, une démarche qui n'est pas sans rappeler les livres the book of 101 books ou ceux de Parr et Badger à propos de l'histoire du livre de photographie. Chaque photographe est ainsi présenté au travers de quelques extraits photographiés d'une monographie. Ce qui est fascinant dans ce choix éditorial, c'est que cette originalité dans la présentation ne se limite pas à être justement un simple artifice de présentation. Si le sujet explicite comme l'indique le titre sont les photographes, il se dessine également en filigrane une histoire du livre de photographie, et c'est un réel plaisir de redécouvrir l'histoire de la photographie sous ce nouvel angle. Hans-Michael Koetzle parvient même à nous faire sentir les préoccupations esthétiques d'un photographe par la façon dont lui et son éditeur auront conçu son livre : si certains photographes apprécient une présentation classique avec l'intitulé de l'image sur la page de gauche et l'image sur la page de droite, d'autres tel William Klein préfèrent que leurs photographies soient exposées en pleine page afin de capturer au mieux le spectateur dans la mise en scène qu'ils ont élaborée, tout comme Hans-Michael Koetzle choisit judicieusement de présenter Guy Bourdin au travers de ses publications dans le magazine Vogue, un choix très révélateur des aspirations de Bourdin. 





Photographes A-Z saura ainsi aussi bien combler l'amateur de beaux livres, le livre présentant en effet nombre d'ouvrages aujourd'hui difficilement trouvables et et dont il est peu probable qu'ils soient réédités un jour, que le profane souhaitant posséder un livre dans lequel il pourra fureter à loisir et redécouvrir d'une manière inédite l'histoire de la photographie, le livre est d'autant plus adapté à cette exigence qu'il couvre un large éventail de thèmes, que ce soit la photographie d'architecture ou la photographie de mode. 

vendredi 11 mai 2012

Sex and landscapes - Helmut Newton ( Taschen )



Que la femme fut la pièce centrale de l'art d'Helmut Newton est une évidence communément admise. Toutefois, cette prédilection pour le portrait ne doit pas occulter le fait que le lieu fit également l'objet de ses attentions les plus soignées. On le sait, malgré la superbe série des Big Nudes, Newton appréciait peu la photographie en studio, aussi disait-il que son "imagination avait besoin de la réalité extérieure". Helmut Newton comprit vite que cette réalité extérieure, par les stéréotypes qu'elle charriait, permettait d'accentuer la dramaturgie et l'intensité de la mise en scène, d'où par exemple cette prédilection constante dans son oeuvre pour les suites d'hôtel luxueuses, symbole à la fois de la bourgeoisie et d'un indéniable érotisme, thèmes les plus récurrents de l'univers de Newton. D'autre part, le lieu était également soigneusement choisi pour sa lumière ambiante. Pour Helmut Newton, maîtriser la lumière n'impliquait pas de recourir à divers spots afin d'obtenir l'effet souhaité, mais simplement de choisir le lieu idéal où la lumière ambiante dessinait les formes ombragées adéquates. Malgré son désintérêt pour les sources d'éclairage de studio, sa gestion de la lumière n'en demeurait pas moins parfaite, et nul doute que la force d'Helmut Newton était d'être parvenu à une subtile combinaison érotique entre la femme, le lieu et son ambiance lumineuse.



Sex and Landscapes, en compilant et en confrontant les portraits érotiques d'Helmut Newton avec ses photographies de paysage, invite à s'interroger sur l'importance visuelle du décor, chaque ville, chaque chambre d'hôtel recélant une lumière particulière dont Newton aura su capturer l'intensité pour sublimer le modèle photographié. Le sexe et le paysage, loin d'apparaître comme des thèmes sans grand rapport, se répondent et se filent comme des métaphores de l'autre et offrent ainsi de nouvelles façons de regarder les photographies d'Helmut Newton : est-ce la femme qui érotise le lieu, ou le lieu qui érotise la femme ? Comme l'indique Philippe Garner dans l'introduction du livre, Sex and Landscapes est aussi une évocation de l'homme que fut Helmut Newton. En nous rapportant des photographies de Monte-Carlo, de Californie ou de Munich, celui-ci nous rappelle qu'Helmut Newton fut un personnage cosmopolite. Que la première photographie du livre soit celle d'un avion s'apprêtant à décoller est à n'en pas douter un clin d'oeil plus qu'évident au nomadisme d'Helmut Newton.

Sex and Landscapes
Helmut Newton
Publié chez Taschen
33cmx25cm
79 photographies
112 pages
Français - English - Deutsch

vendredi 20 avril 2012

Majorettes - Isabelle Detournay ( Husson )


Quelles sont les raisons qui poussent un photographe à s'intéresser à un sujet plutôt qu'un autre ? Si certains artistes apprécient de photographier les beaux instants au gré de leur apparition sans s'imposer de thématique précise, dans le chef de certains autres, le besoin de photographier répond à des pensées et des images qui les obsèdent : fantasmes, motifs politiques ou souvenirs personnels. Ce sont ces derniers qui ont poussé Isabelle Detournay à s'intéresser à une petite troupe locale de majorettes du Hainaut belge. Dans ce livre, le plaisir qu'a la photographe à renouer avec ses souvenirs - elle n'était alors qu'une enfant observant la troupe de majorettes passer devant sa maison - se fait immédiatement sentir dans les prises de vue. Mais ce qui fait aussi l'intérêt de cet ouvrage, c'est d'y pouvoir déceler l'angoisse typique du photographe : celle de ne pas ou de ne plus pouvoir trouver une réalité à photographier en adéquation avec les images qui taraudent son esprit. C'est la crainte de savoir les événements présents éphémères, et si aujourd'hui la troupe de majorettes est toujours bien active, d'aucuns savent le risque qu'encourent les coutumes locales à ne plus pouvoir trouver de membres assurer leur actualité et à tomber dans l'oubli. D'où l'obsession du photographe à pérenniser les instants au-delà de leur simple apparition en les couchant sur papier, juste au cas où.


Jouant habilement avec le contraste entre le rouge et le blanc des uniformes des majorettes et les teintes nuancées d'un lieu à mi-chemin entre le village champêtre et la ville ouvrière, Isabelle Detournay nous partage une chronique photographique à la croisée du charme d'un album photo personnel et du besoin de communiquer d'une réalité propre au reportage ethnographique.


Majorettes d'Isabelle Detournay
Publié chez Husson
72 pages
39 photographies
22cmx20cm
Français - English

jeudi 19 avril 2012

Guy Bourdin ( Stern Fotografie Portfolio 61 )


Pour son 61e numéro, la collection des Stern Portfolio s'est penchée sur le travail de Guy Bourdin. Si on ne trouve pas de réel inédit dans cet ouvrage puisqu'il se destine à regrouper les photographies emblématiques du style Bourdin, il faut toutefois noter l'excellent travail des éditeurs dans la reproduction des photographies ( on retrouve notamment Pascal Dangin, déjà responsable de la superbe édition parue chez Steidl, In Between ). Les photographies sont en effet magnifiques au niveau de leur colorimétrie, parfaitement saturées et contrastées. Imprimées en grand format ( sauf les Polaroïds bien entendu, qui conservent leur aspect originel ), elles permettent de se rendre compte de la lucidité de Guy Bourdin dans sa pratique de la photographie : il était de ceux à avoir compris que le pouvoir de fascination qu'exerce une photographie de mode sur le spectateur résulte d'une image pensée volontairement comme superficielle et artificielle, marquée par une mise en scène qui cherche la beauté formelle avant le message à transmettre. Il est par exemple très frappant de constater dans une publicité pour des escarpins que le produit vedette se retrouve à n'être qu'un objet parmi d'autre dans une scène de crime au lieu d'être simplement mis en avant dans un gros plan au pied d'une femme. Jouant habilement avec des thèmes comme le sexe ou le morbide, il contribuera d'ailleurs à en faire les thèmes de prédilection des futurs photographes de son domaine. Ce Stern Portfolio Guy Bourdin est donc un ouvrage très plaisant à consulter pour celui qui désire découvrir Guy Bourdin, d'autant que le livre comporte une introduction en anglais et en allemand faisant rapidement le point sur les moments-clés de l'oeuvre de Bourdin, ou pour qui veut contempler ses clichés les plus fameux en grand format.





Guy Bourdin
Stern Fotografie Portfolio
96 pages
44 photographies
36 cmx27cm
Deutsch - English

dimanche 8 avril 2012

Guy Bourdin Polaroïds ( Xavier Barral )


Polaroïds est un ouvrage surprenant. Alors qu'on pourrait s'attendre à voir se dissiper une partie du mystère Guy Bourdin par la publication de 98 de ses Polaroïds, la compilation de ces derniers épaissit au contraire le brouillard qui entoure les aspirations esthétiques profondes du photographe. 


Le statut esthétique même de ces Polaroïds demeure en effet trouble. On sait que pour nombre de photographes, le Polaroïd était avant tout le moyen de connaître rapidement le rendu photographié du cadre et du cadrage d'une mise en scène, sans devoir passer par le développement d'une pellicule. Il semble que la majorité des instantanés de Guy Bourdin soient effectivement des clichés d'essai, puisqu'il existe pour chacun d'eux des photographies définitives prises sur pellicule. Toutefois, pour un nombre restreint de Polaroïds, Guy Bourdin paraît avoir considéré ces instantanés comme des travaux esthétiques en soi, bien loin du simple cliché d'essai. Pour exemple, on trouve dans l'ouvrage un Polaroïd dont Guy Bourdin a soigneusement découpé le modèle féminin de l'instantané. Très curieusement, on retrouve un instantané de la même mise en scène, mais cette fois-ci intact. Que cherchait à réaliser Guy Bourdin au travers de ces deux Polaroïds, dont l'un se trouve mutilé du principal sujet de son autre identique ? Dépourvu de tout essai à prétention analytique, on regrettera que le très court éloge du travail en général de Guy Bourdin par Oliviero Toscani n'explore aucunement la thématique du livre, il restera au lecteur à forger sa propre interprétation par son regard personnel. 


Si les photographies de Guy Bourdin sont remarquables par l'étonnante modernité de leurs thèmes et couleurs, il est néanmoins séduisant de contempler celles-ci figées sur un support photographique privé de la reproductibilité de la pellicule. Soumises à l'épreuve du temps inévitable à ce support, les photographies de Guy Bourdin s'ouvrent à des teintes et des motifs inédits qui ne sauront que plaire aux amateurs de ces fragiles instantanés et à ceux qui prennent plaisir à se perdre dans l'imaginaire de Guy Bourdin.


Guy Bourdin Polaroïds
Editions Xavier Barral
128 pages
24cmx17cm
Français